DÉMARCHE DE CRÉATION

Je ne saurais peindre sans une activité réflexive qui accompagne ma pratique à l’atelier. Pour moi, la pratique picturale est aussi de l’ordre de la pensée, une pensée plastique qui passe par un rapport de couleurs, un rapport de surface, de taches et de signes. Cette pensée n’est jamais réductible à un concept, ni à un « message ».

Ma pratique picturale s’inspire de la peinture moderne - entendue comme une recherche de « forme absolue » - dont elle poursuit l’héritage tout en cherchant à l’actualiser.  Elle se démarque cependant du formalisme puisque la « forme » est ici porteuse de sens poétique. Je présente ces oeuvres picturales sous forme installative créant un dialogue entre chacune des œuvres qui forment ici des poèmes picturaux dont les rapports s’articulent tel un phrasé musical. Ces œuvres ne narrent rien, ne racontent aucune histoire. Elles sont une abstraction sensible qui appelle un possible, une ouverture, un espoir, sans savoir ce qu’il contient. Elles font l’éloge de la beauté en sachant que l’harmonie contient une disharmonie qui lui donne tout son sens.

Cette recherche formelle de même que l’expérience de contemplation qui l’accompagne, s’inspire des divers paysages – ruraux, côtiers, marins - observés lors de voyages. De ces diverses déambulations et observations, je retiens chaque fois une charte de couleurs dans laquelle je puise pour peindre les éléments de mes compositions; ces compositions s’articulent autour d’un système « fond-tache-signe », système que j’ai développé depuis mon projet Loin des bruits du monde (2015-16). Ayant développé une pratique de l’écriture depuis plusieurs années, celle-ci influence la manière dont j’ai développé mon vocabulaire pictural. À partir des lettres de l’alphabet, j’ai créé de nouveaux signes en réduisant les lettres à des lignes courbes et à des lignes droites. Ces signes se sont complexifiés, sont devenus énigmatiques et picturaux. Entre le fond - travaillé à la manière d’un monochrome et par une multitude de couches translucides, les taches - cette partie plus gestuelle de mon travail, et les signes, je cherche à créer une profondeur de champ. Cette profondeur s’exprime dans l’espace qui semble exister entre chaque élément pictural.

Ces méditations dans différents paysages m’inspirent pour l’organisation picturale de chaque tableau mais aussi pour leur positionnement dans une installation. Chaque paysage appelle un espace pictural différent, de même qu’une installation singulière. Pour le projet Abysse, je me suis inspiré de l’expérience immersive effectuée lors de voyages de plongée en apnée. Cette expérience place le corps-observateur tout au dedans et tout au dehors au même instant. Le dispositif d’installation offre à la fois la possibilité de s’y perdre et de s’y retrouver, tout comme les paysages qu’il évoque.