DÉMARCHE DE CRÉATION

Je ne saurais peindre sans une activité réflexive qui accompagne ma pratique à l’atelier. Pour moi, la pratique picturale est aussi de l’ordre de la pensée, une pensée plastique qui passe par un rapport de couleurs, un rapport de surface, de taches et de signes. Cette pensée n’est jamais réductible à un concept.

Le corps déambulant dans mon jardin à Frelighsburg au Québec et dans les paysages rencontrés dans mes voyages, est le point de départ à l’élaboration d’une charte de couleurs qui constitue la base avec laquelle je travaille le rapport fond-tache-signe dans mes compositions picturales. Ces marches méditatives sont aussi source d’inspiration pour l’écriture de mes carnets où je puise les mots « signifiants » qui donnent sens au processus de création. Quant aux signes dans mes tableaux, ils sont issus des lettres de l’alphabet dont j’ai abstrait un nouveau vocabulaire de lignes droites et de lignes courbes.

Que ce soit en peinture ou dans l’écriture, la recherche de profondeur est le centre de mon attention. En peinture, la profondeur apparait par l’espace d’air qui semble exister entre les différents éléments de la composition (surface/tache/signe). Mais qui dit profondeur, dit également point de fuite. Que ce soit dans le pictural ou dans le littéraire, ce point à l’horizon qu’on n’atteint jamais, mais qui nous pousse à toujours chercher plus loin donne sens à la création.

Mes peintures ou mes dessins sont une forme de poème pictural et leur rapport les uns aux autres un phrasé musical. Elles ne narrent rien, ne racontent aucune histoire. Elles sont une abstraction sensible qui appelle un possible, une ouverture, un espoir, sans savoir ce que cet avenir contient. Elles font l’éloge de la beauté en sachant que l’harmonie contient une disharmonie qui lui donne tout son sens.